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Votre entreprise est-elle « de gauche » ou « de droite » ?

L’entreprise ne vote pas, mais elle fabrique toujours un ordre politique.

Les décisions du dirigeant révèlent une idéologie bien avant ses déclarations.

Les réseaux, les dépendances et l’écosystème façonnent une couleur politique implicite.

Les organisations “très sociales” montrent que stabilité et accumulation ne répondent pas à la même logique.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur cet article j’avais un préjugé. Pourtant, voici mes recherches et conclusions.

L’entreprise est-elle de gauche ou de droite ?

Une entreprise n’entre pas dans un isoloir. Elle n’a pas de bulletin à glisser dans une urne, pas de parti, pas de slogan de campagne. Et pourtant, elle fait travailler les femmes et les hommes, crée de la richesse, oriente les carrières, les territoires, les filières. Elle gère l’égalité, l’équité, les inégalités.

Elle ne vote pas, mais elle agit. Et agir au sein de la société, c’est déjà faire de la politique.

Dire qu’une entreprise penche “à gauche” ou “à droite », se lit alors dans la manière dont elle distribue le pouvoir, gère le risque, arbitre entre les acteurs, traite ses fournisseurs, rémunère ses équipes.

Et cet ordre naît toujours d’un triptyque :

l’idéologie du dirigeant,

l’écosystème dans lequel il évolue,

et la façon dont l’entreprise se présente au monde.

C’est dans cette interaction que la question “de gauche ou de droite” prend un sens pour le dirigeant.

Quid de l’idéologie du dirigeant ?

En France, on parle beaucoup des valeurs, mais très rarement de leur pouvoir opérationnel. Pourtant, qu’un dirigeant se dise “libéral” ou “social” n’a rien d’anodin : la manière dont il arbitre un plan d’investissement, dote un service, accepte ou refuse un compromis social, porte déjà sa signature idéologique.

Les dirigeants ne pilotent jamais leur entreprise en dehors de leur vision du monde. Même ceux qui, parfois, jurent l’inverse. Les uns accélèrent la capitalisation, responsabilisent individuellement, misent sur le marché comme ultime juge.

Les autres stabilisent, redistribuent davantage en interne, prennent le temps de la concertation, sécurisent leurs équipes avant de sécuriser leurs marges.

Pourtant à ce stade, rien ne me permet de dire que l’une ou l’autre de ces décisions est clairement de gauche ou de droite.

La force de l’écosystème

Penchons nous alors sur l’environnement de l’entreprise. Beaucoup d’entreprises paraissent plus “de gauche” ou “de droite” par leurs réseaux

anciens ministres au conseil,

relations de cabinets,

métiers dépendant de la commande publique,

participation à des coalitions politiques sectorielles,

lobbying structuré,

associations ou fédérations professionnelles orientées idéologiquement.

On appelle ça poliment des “relations institutionnelles”. En réalité, c’est une forme d’orientation politique structurelle.

Mais derrière ce terme rassurant se cache une réalité : l’entreprise n’est pas juste un acteur économique neutre ; elle s’inscrit dans un écosystème où elle avance selon ses alliances, ses protections, ses ambitions, parfois même ses dépendances.

Alors gauche ou droit : quelle est la meilleure performance ?

Il y a très peu d’études qui abordent le sujet de la performance d’une entreprise « de droite » ou « de gauche ». Mais les rares tentatives ne démontrent aucune corrélation entre cette orientation et la performance.

Néanmoins, si on regarde du côté des organisations qui incarnent, par essence, un modèle plutôt “à gauche” : structures sociales, culturelles, associatives, coopératives, qu’apprend-on ?

Elles possèdent des caractéristiques intéressantes : grande stabilité interne, forte cohésion, faible turnover, culture collective très ancrée. Elles sont souvent solidaires, protectrices, parfois exemplaires dans la relation humaine affichée.

Mais elles génèrent rarement une forte capacité d’accumulation. Les études sur l’économie sociale et solidaire montrent les mêmes constantes : une richesse sociale considérable, mais une richesse économique plus limitée. Non pas par incompétence, mais par structure, par idéologie.

La mission prime sur la marge, la richesse se diffuse mais se capitalise peu. Cela implique des arbitrages très différents de ceux d’un modèle plus libéral.

Jusqu’où suis-je prêt à aller ?

Vous me direz alors que c’est le métier et non l’orientation qui amène cette situation. C’est vrai. Parce que nous sommes un pays principalement de gauche dans ses institutions.

Mais pour une entreprise dont le métier n’est ni social, ni culturel, la question essentielle est : jusqu’où suis-je prêt à aller dans la redistribution, la stabilité et la protection, sans sacrifier l’ambition et la capacité d’investissement ?

Et c’est là que la question commence à devenir un miroir pour le dirigeant : qui es-tu, vraiment, lorsque tu décides ?

RSE, valeurs, activisme : politique ou communication ?

Beaucoup confondent orientation politique et engagement sociétal. C’est un piège.

Je vois des dirigeants de droite, assumés ou silencieux, construire des politiques climatiques exemplaires, augmenter les salaires d’entrée, financer des projets territoriaux très sociaux, développer la diversité et l’inclusion.

Ils le font par idéologie progressiste, mais aussi par stratégie : attirer les talents, renforcer la marque, anticiper les régulations.

À l’inverse, j’observe des entreprises très « sociales » généreuses dans leurs discours mais dont la pratique relève de l’exact opposé : précarité déguisée, turnover massif, sous-traitance agressive, bénéfices captés au sommet.

Une entreprise peut parfaitement être “ultra-libérale” sur le papier… tout en vivant d’un modèle économique profondément étatiste. À ce moment-là, elle n’est ni de gauche ni de droite : elle est clientéliste. Et ça, pour un dirigeant, c’est un choix politique assumé, ou refoulé.

Ce n’est pas l’étiquette qui révèle la posture politique, c’est la cohérence, ou l’incohérence, entre ses choix, ses priorités et surtout ses actes.

La France, ce pays où l’entreprise est naturellement ambiguë

Notre pays est un laboratoire social permanent. L’Etat est partout, la législation est omniprésente, décriée, lourde, oppressante, mais aussi indispensable. Nous sommes également un pays libéral dans la plupart des secteurs, ouverts sur le monde dans lequel le capital personnel est valorisé.

Ce cocktail produit des situations surprenantes :

Certaines entreprises vivent grâce à des subventions massives tout en revendiquant une autonomie totale. D’autres prônent la justice sociale, mais licencient massivement dès que l’automatisation devient rentable. D’autres encore cultivent un modèle paternaliste très protecteur, alors même que leur stratégie internationale relève du capitalisme le plus dur.

En France, l’entreprise est souvent à la fois de gauche et de droite, selon le prisme par lequel on la regarde. Elle oscille selon sa dépendance à l’État, selon son histoire sociale, sa structure capitalistique, sa culture interne, l’évolution du marché et les territoires nationaux ou internationaux dans lesquels elle évolue.

D’où cette question que chaque dirigeant devrait se poser : ce que je crois être ma neutralité… n’est-il pas, déjà, un choix politique caché ?

Le contrat politique de l’entreprise : ce que nous produisons réellement

Une entreprise est un micro-régime politique. Elle produit : des règles, une justice interne, une répartition de la valeur, des droits et des obligations, la répartition du pouvoir, de la parole.

Elle décide qui avance et qui reste, qui gagne et qui stagne ou sort.

Autrement dit : elle gouverne. Et toute gouvernance met en avant des valeurs sociales.

On peut appeler cela management, gouvernance, culture… mais le mot qui décrit le mieux cette mécanique est « contrat politique ».

Il se vit dans la manière dont on gère un conflit, dont on récompense un talent, dont on protège un salarié fragilisé, dont on accepte ou non l’injustice. L’entreprise sera alors :

social-démocrate (protection + concertation),

libérale (responsabilité + flexibilité),

étatiste (dépendance aux pouvoirs publics),

conservatrice (stabilité + hiérarchie),

progressiste (innovation + inclusion),

ou un hybride…

Il est temps de choisir

Alors, votre entreprise ? De gauche ou de droite ? Si vous répondez 50/50, vous n’avez pas encore osé choisir. Nous l’avons vu. Cela ne changera pas la performance, mais cela changera la vie, les valeurs et la capacité à fédérer ou non les équipes. Je ne dis pas qu’une entreprise doit revendiquer son positionnement politique. Je dis qu’elle l’est forcément. Souvenez-vous d’une chose : être neutre, c’est n’être personne.


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