Philippe Aghion, le nouveau Prix Nobel d’économie est français. Il parle de croissance destructrice. Un oxymore que j’explique depuis des années. Pourquoi ?
Pour faire simple, de nombreuses croissances sont issues le la mort d’un modèle économique. Il met à jour la théorie de Schumpeter sur l’innovation créer, détruire, recommencer. Mais comment la mettre en pratique ?
L’économie de la photo n’a pas disparu, elle a explosé.
Prenez la photo numérique, elle a fait tomber des entreprises. Oui, mais jamais l’humanité n’a produit autant d’images. Nous n’avons jamais eu autant de photographes, amateurs ET professionnels, de créateurs de films, de festivals d’images, de vendeurs de matériel et de logiciels photos. C’est même la source de l’émergence du smartphone !
Même histoire pour la musique : MP3 + Streaming = Mort des artistes annoncée et petits labels ! Les disquaires ont disparu, les majors ont souffert, mais aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant d’artistes, de producteurs indépendants, de plateformes, de concerts, de luthiers et d’organisateurs d’événements. La destruction du support a libéré la création.
Formation, sécurité, telecom, et le commerce ! 4 morts, 4 renaissances.
La formation suit le même chemin : l’enseignement traditionnel s’effrite, mais le marché de la connaissance explose. Les experts deviennent formateurs, les salariés deviennent créateurs de savoirs, les plateformes diffusent plus de contenu en un mois qu’une université en un siècle.
Idem pour la sécurité, les télécoms, le commerce : chaque révolution technologique a d’abord fait peur, avant de multiplier les acteurs et les opportunités. L’économie ne s’effondre pas : elle se recompose et vit une croissance exponentielle.
La destruction créatrice détruit des structures, pas des vocations.
Elle efface des métiers, mais pas le besoin humain qu’elle sert. Et c’est précisément ce besoin, réinventé, qui relance la croissance.
Philippe Aghion le rappelle : la clé, ce n’est pas de résister à la destruction, c’est d’en devenir l’architecte. Et cela exige une ouverture d’esprit rare, celle de ceux qui voient dans la fin d’un modèle qu’ils exploitent, le début d’un monde dont ils deviendraient maître !
Philippe Aghion le dit clairement : la prospérité vient de la capacité à laisser mourir ce qui n’est plus performant pour libérer les ressources de demain. Refuser de la voir, c’est condamner l’entreprise à la stagnation. Et dans un monde gouverné par l’IA, la stagnation, c’est prendre du retard.
L’IA, catalyseur d’une destruction créatrice sans précédent
Avec l’intelligence artificielle, ce processus s’accélère brutalement. Aghion parle d’une “croissance schumpétérienne augmentée” : un monde où chaque innovation technologique détruit des modèles entiers avant d’en créer de nouveaux. L’IA n’ajoute pas seulement de la productivité, elle recompose les chaînes de valeur, redistribue les compétences, redéfinit la frontière entre humain et machine. Et la seule constante, c’est la vitesse du changement. On le sait, mais agit-on vraiment ? Peu. On attend encore un peu…
L’IA est en train d’opérer, secteur par secteur, la grande redistribution
- Pharmaceutique et biotech : la recherche de molécules s’automatise. Les start-ups dopées à l’IA concurrencent les géants historiques sur leur propre terrain.
- Finance et assurance : les algorithmes évaluent les risques, détectent la fraude et fixent les prix plus vite qu’un humain. Les analystes deviennent superviseurs de modèles.
- Industrie manufacturière : la vision par ordinateur remplace le contrôle qualité humain. L’ouvrier devient opérateur d’intelligence industrielle.
- Création et communication : ChatGPT et ses cousins automatisent le contenu standard. Les rédacteurs deviennent éditeurs de machines.
- Transport et logistique : la planification prédictive et les véhicules autonomes redistribuent les rôles du chauffeur à l’architecte de chaîne augmentée.
Dans chacun de ces domaines, la destruction n’est pas synonyme de disparition : elle est le prélude d’une renaissance. Et seuls les dirigeants qui l’acceptent peuvent la créer.
Le Monde, un gros gâteau qui grossi
On pense souvent que le monde est un gâteau que l’on va se répartir entre l’humain et l’IA, étayant de nombreuses craintes de disparition. C’est une grave erreur, car ce gâteau grossit d’année en année, de mois en mois, et l’IA va le faire grossir encore plus.
Nous arrivons dans un monde hybride. Après l’hybridation du monde entre humain et digital, entre humain et réseaux sociaux, voici l’âge de l’hybridation humain + IA.
Pour les dirigeants, la vraie question n’est plus “que vais-je perdre ?”, mais “comment vais-je croître plus vite dans ce nouveau gâteau qui n’a plus de bords ?”
Fermer l’esprit, c’est mourir deux fois
La première mort est celle du modèle dépassé. La seconde est celle du dirigeant incapable de penser autrement. Trop d’entreprises s’accrochent à leurs certitudes, paralysées par la peur de perdre leur savoir-faire, leur prestige ou leurs marges. Elles meurent lentement, mais sûrement, d’un manque d’imagination.
L’ouverture d’esprit n’est pas une vertu morale : c’est une compétence stratégique. Elle permet de voir la destruction non comme une menace, mais comme un laboratoire de régénération.
4 clés pour ouvrir son esprit à la croissance destructrice
L’ouverture d’esprit, c’est accepter que ce que l’on sait aujourd’hui puisse devenir faux demain. Les dirigeants ouverts favorisent :
- La certitude que ce qu’ils font aujourd’hui n’est qu’une étape vers un autre modèle
- les cycles courts d’expérimentation sur de nouveaux modèles (pas juste de nouveaux produits)
- la confrontation des idées plutôt que leur validation
- la circulation des savoirs plutôt que leur verrouillage.
Cette posture intellectuelle transforme la peur du changement en culture de transformation. Elle devient un avantage compétitif durable, parce qu’elle rend l’entreprise vivante.
Piloter la destruction : le leadership augmenté
Dans le monde de l’IA, le rôle du leader n’est plus de protéger son modèle, mais de savoir ce qu’il faut laisser mourir. C’est une compétence rare : décider du moment où un produit, une méthode ou un métier doit s’effacer pour que d’autres naissent.
Le leader augmenté cherche plus l’adaptabilité que la stabilité. Il orchestre des transitions permanentes, anticipe les compétences émergentes, relie l’innovation à la stratégie. Il comprend que dans un monde schumpétérien, la rigidité est le vrai risque, pas la destruction.
Et si la vraie croissance, c’était d’apprendre à laisser mourir ?
Le futur n’appartiendra pas à ceux qui protègent, mais à ceux qui régénèrent. La croissance destructrice n’est pas un chaos : c’est un cycle vital. Avoir l’ouverture d’esprit pour le comprendre, c’est choisir de rester dans le jeu, pas sur le bord du terrain.
Comme le dirait Schumpeter : « Créer, détruire, recommencer. »
Arghion dirait : « De la destruction né la croissance »
Et moi je dis depuis des années : « Accepter de mourir plus vite que les autres, pour renaître avant eux et plus fort qu’eux »
Épilogue – Conférence “Croissance destructrice et IA”
Vous êtes dirigeant, manager ou entrepreneur ?
Découvrez comment transformer la destruction créatrice en levier de croissance.
Conférence “Le vendeur augmenté – réhumaniser la vente” et « inventons l’entreprise du 21ème siècle ». www.vincentcaltabellotta.com
Plus de sujets ? Cliquez ici
Passez réellement dans l’entreprise du 21ème siècle.
Vincent Caltabellotta








Laisser un commentaire